Parmi les œuvres de CABANE CANNIBALE III Carbone, figure l’aquarelle Primer Espacío de Los Carpinteros. (2009)
Courtesy Galerie Peter Kilchmann, Zurich
Julie Lesgourgues et Audrey Teichmann commissaires de l’exposition Cabane Cannibale

Julie Lesgourgues et Audrey Teichmann commissaires de l’exposition Cabane Cannibale
Los Carpinteros est un collectif de deux artistes, Marco Antonio Castillo Valdés et Dagoberto Rodríguez Sánchez, fondé en 1991 à Cuba. Leur nom, Les charpentiers, a été choisi par allusion à la constance de leur statut de fabricants : « un gremio de carpinteros. Mano de obra, no ideas » (« une corporation de charpentiers. De la main-d’œuvre, pas d’idées »).
Pour ces artistes revendiqués « travaillant », l’aquarelle reste le lieu d’enregistrement du processus conceptuel, de représentation d’espaces envisageant par exemple le statut de l’objet manufacturé. Inspirés de la « Mécanique Populaire », publication commune à Cuba dans les années cinquante, intéressés par le conceptualisme, Barthes et Foucault, ils considèrent également le contexte comme premier dans le cadre de grandes installations, pour lesquelles ils réalisent en amont des aquarelles telles que Primer Espacío. Aussi, les changements de dimensions sont-elles au cœur de leur œuvre, tout comme le passage permanent de la bi à la tridimensionnalité.
Julie Lesgourgues et Audrey Teichmann commissaires de l’exposition Cabane Cannibale

Julie Lesgourgues et Audrey Teichmann commissaires de l’exposition Cabane Cannibale
Dans Primer Espacío, en particulier, apparaît une chaise, cloîtrée dans un relief de cristal aux parois en camaïeu de verts. L’enfermement de l’objet fabriqué au sein d’une structure de référence naturaliste est un contraste révélant l’intérêt pour les artistes de la confrontation entre monde naturel et monde humanisé. Pour autant, quoique postérieur à la présence de la nature, c’est l’objet qui est au centre du dispositif, comme un fossile d’une civilisation pourtant en cours. Cette présence d’humble d’assise dans un intérieur finalement proche d’une cathédrale, avec ses parois de vitraux, pourrait tirer l’ensemble vers une imagerie religieuse… Or, c’est avant tout le jeu de l’homme avec ce qui lui est donné, naturellement, ou de manière manufacturée, et la manière dont ils se combinent l’un l’autre, qui domine. C’est là le jeu des artistes avec la figure humaine, presque toujours absente de leurs œuvres, mais pour laquelle ils ménagent une place où est remis en question son rapport au monde, et à ce qui l’enferme.
Julie Lesgourgues et Audrey Teichmann commissaires de l’exposition Cabane Cannibale